Salutations, ici QdNox ! 


Aujourd'hui, nous nous retrouvons pour un deuxième extrait. 
Puisque les Chroniques comprennent trois autres personnages majeurs, en plus de Zorak-Edward, nous allons commencer doucement les présentations, au gré des extraits. 

Pour ce nouveau passage, voici donc la rencontre du héros avec Galioneth, le mercenaire elfe noir.
D'apparence cynique et hautain (et accessoirement quelque peu sociopathe), Galioneth s'attache pourtant immédiatement à Zorak, qu'il considère comme "son frère jumeau bon et stupide" ("my silly good twin").  

G1

Pour la petite anecdote, les Chroniques sont prévus en deux versions : francophone (dont vous avez l'exclusivité sur ce blog) ; et anglophone (dont certains fragments sont déjà parus sur les réseaux US).

Ainsi, dans la version anglophone, Galioneth dispose d'un léger accent texan. Loin du cliché du cowboy beuglant généreusement en machonnant du jerky, il s'agit plutôt d'un certain flegme et d'une élocution lente parfois mal articulée mais bien rythmée, assez difficile à rendre en version française. Il faudrait imaginer un accent corse, avec un soupçon moins méditerranéen. ;)

Et puisque l'on parle d'accent, Zorak, quant-à-lui, dispose d'un accent français dans la version originale des Chroniques.





Toute une histoire pour un fond de bouillon. Autant, à choisir, Zorak aurait préféré que ce fusse pour de la bière au moins. Tandis qu’il réfléchissait à cela, mâchonnant avec difficulté un de ces morceaux de pain sec obtenu par quelque bonne grâce inattendue, il entendit quelqu’un s’installer à côté de lui.

 

« Hey, p’tit génie ! » interpella cette personne d’une voix rauque et sèche.


Intrigué, Zorak interrompit le fracas sonore de ses mâchoires pour tourner la tête en direction de l’inconnu. Il eut alors la surprise de découvrir le genre de créature qu’il n’avait pas eu coutume de rencontrer auparavant. Et si ses parents lui avaient appris à ne point dévisager les étrangers, même au faciès les plus ingrats ou les plus exotiques, il ne put trahir un mélange d’étonnement et de curiosité sur son visage. En effet, le demi-orc connaissait relativement bien l’archétype de l’elfe : les traits fins, le teint blafard et les longues oreilles. Or, si la personne à ses côtés présentait une silhouette longiligne assez caractéristique, sa peau était noire comme la suie des canons et ses yeux rougeoyaient avec un éclat de grenat malicieux rendant le jeune paladin quelque peu mal à l’aise. Loin de s’émouvoir d’être ainsi passé en revue par son voisin de table, l’elfe reprit la parole avec le même entrain :

« Dis voir, comment as-tu réussi pour obtenir la charité de son "excelentissime révérentissime" Clerc Dafarin ?
    
- Hein ? » Répondit simplement Zorak, quelque peu perdu au milieu de la joute verbale de son interlocuteur.

D’un mouvement plus rapide qu’un coup d’estoc, le frêle gaillard saisit l’un des fragments de pain sec.

« Tu partages, mon pote ? demanda-t-il avec un sourire quelque peu acide.

 

- Eh oui, pas de problème.

 

- Formidable ! S’enthousiasma-t-il en récupérant d’autres morceaux à la hâte sur la table, merci pour ta générosité, soldat ! »

 

Zorak acquiesça d’un hochement de tête, avant de reprendre le cours de son repas. Cette fois-ci, ce fut au tour de cet elfe étrange de le dévisager avec encore moins de subtilité qu’il ne l’avait fait auparavant, bouche bée, avant d’éclater d’un rire grêle et glacial.

 

« Bon, en échange, je vais te filer un conseil d’ami… Arrête de bouffer ce truc à pleines dents, parce que même avec tes chicots de devant, tu vas finir par te faire péter l’os de la maxillaire, bonhomme !

 

- Ah bon ?


- Je ne suis on-ne-peut-plus sérieux ! Regarde et contemple !
»

 

L’elfe sortit une dague de sa besace et commença à cisailler sa pitance aussi sèche qu’une pierre.

« La vache, il nous a pris pour des nains armés de pioche, ou quoi, ce con ! Comment tu peux casser un truc pareil ? » S’emporta le gaillard, quelque peu frustré par l’échec précoce de sa démonstration.

D’un bond véloce, il quitta la table vociférant davantage. Imperturbable, Zorak songeait simplement qu’il était l’elfe le plus étrange et au langage le plus fleuri qu’il eût rencontré jusqu’à présent. Au bout de quelques minutes, l’énergumène resurgit avec un arsenal de pierres de toutes tailles. Inspectant la paume de Zorak la plus proche de lui, il en choisit une qu’il posa immédiatement en équilibre sur ce pain qui osait lui résister.

 

« Vas-y, p’tit gars, rends-moi un service : cogne là-dessus ! »


De son poing massif, Zorak fracassa effectivement sans difficulté cette pâte sèche en miettes, mais également l’auriculaire de la main de l’elfe, qui s’était retrouvé dans la trajectoire de la pierre.


«  Ah, merde ! déclara simplement celui-ci en se rendant compte de l’incident avant de reprendre, bon boulot, camarade ! »

 

Complètement insensible à sa phalange sanguinolente, l’elfe s’empara d’une poignée de miettes qu’il sema dans son assiette de soupe, comme on lancerait quelque obscur sortilège.


« Voilà, tu vois, là, ça devient mangeable, ton truc ! expliqua-t-il ensuite.

 

- Je ne sais pas, avoua Zorak, si ça vous casse un doigt à chaque fois, ce n’est pas très rentable, non ? »

 

La réaction de son interlocuteur fut un grand éclat de rire. Décidemment, le demi-orc songeait qu’il avait le don pour faire rire les elfes et les handicaper d’une main (*).  

 

« J’t’aime bien, toi ! lui lança ce dernier en accompagnant ses paroles d’une claque dans le dos du paladin, allez, c’est quoi ton nom, champion ?

 

- Zorak-Edward Von Pelligrew, mais tout le monde m’appelle plutôt Zorak, ou plutôt par mon nom de famille, ici.


- Von Pelligrew, hein,… oh, un gars de la haute, ici ? Et je vois qu’on porte une belle chevalière, pas vrai ? » Lança l’elfe en regardant avec attention le seul bijou que portait effectivement Zorak, une bague en or gravée aux armoiries assez mystérieuses de sa famille.


« Oui, ce sont les blasons de mes parents, expliqua-t-il simplement.

 

- Genre… "tes" parents ? Tu veux dire que ton père orc et ta mère sont restés en "bon terme" ?

- C’est ma mère qui est orc. »


A cette réponse, l’autre esquissa une moue de totale surprise, avant de reprendre simplement.

« Woh, je vois... Décidément, tu m’as l’air d’être un mec hors-du-commun, Zorak, commença-t-il avant d’esquisser un sourire carnassier, et puis, hein, je dois avouer que je t’ai vu à l’œuvre tout à l’heure au cours de la débandade, là… tu es très prometteur pour un petit blanc-bec tout juste sorti de l’école.

 

- Je n’ai pas été si brave que ça.


- T’en fais pas pour ça, les éloges, y’en a toujours plus pour les morts que des vivants, de toute façon. » Après un nouvel éclat de rire sombre, il tendit la main en direction de Zorak.

« Mon nom est Galioneth…et tout le monde m’appelle Galioneth ! »

*

(*) : Mentionné précédemment dans le récit. Eldenor, le maître d'arme de Zorak était un elfe. Il a perdu un doigt lors d'un excès de rage incontrôlé de son jeune élève, mais ne lui en avait jamais tenu rigueur.  


Et pour finir, une petit musique d'ambiance qui correspond tout à fait au personnage... 
(Attention à vos oreilles, il s'agit de power métal ^^)

Vhäldemar feat Alberto Rionda (AVALANCH) - Against all Kings