Salutations, 

L'énergie revient progressivement. Il est donc temps de reprendre un peu le blog avec un nouvel extrait de la nouvelle LightLust. 

Zorak Von Pelligrew et son compère Galioneth cherchent une solution au bord d'une rivière, en aval d'une ville maudite dans laquelle ils devront pourtant bientôt se rendre pour casser le plus de gueules possibles... 

 

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*

Encore de la vase brunâtre, et des fragments de mousse. Quelques d’écrevisses s’enfuyaient devant tant de remue-ménage. Au moins les eaux étaient pures. Tandis qu’il s’était interrompu pour laisser aux crustacés le temps de quitter les lieux, l’onde s’apaisait, lui renvoyant son reflet. La lumière émanant à travers les branchages des saules dessinait une mosaïque subtile de couleurs sur sa peau d’albâtre. D’ordinaire, face au miroir d’argent, il se préoccupait peu de sa propre apparence, tant il s’empressait de découvrir le visage de Seldanna de l’autre côte. Pourtant depuis leur rencontre, son apparence avait changé. Ses crocs étaient plus proéminents, son visage prenait une consistance beaucoup plus rugueuse et massive, tout comme le reste de son corps. Et bien au contraire, sa bien-aimée lui semblait encore plus belle et voluptueuse au fil des années. Que pouvait-elle donc trouver à quelqu’un comme lui ?   

« Tu veux pas un artefact maudit, plutôt ? Je pourrais t’aider au moins. Et puis, en plus d’être l’œuvre d’un ami fidèle et dévoué, ça aura le mérite de ne pas sentir la vase pourrie ! »

Ainsi extirpé de ses réflexions par l'interpellation de l’elfe noir, Zorak leva ses yeux d’opale en direction de l’ombre filiforme qui le surveillait.  

« Je suis venu ici avec mon père quand j’étais petit.

- Il n’a vraiment pas froid aux yeux, ton paternel. Déjà, épouser une orque de la noblesse, quitte à s’attirer toute une tribu aux trousses... Et maintenant, tu me racontes qu’il venait les poser là, à deux pas d’Azangril. Non, sérieusement, le jour où je le rencontre, ton vieux, je l’appelle Messire Von Pelligrew !

- On faisait juste une halte après une longue route. Mais il en avait profité pour chercher une épée qui serait enfouie dans les eaux près d’ici. 

- Ouais, une épée magique qui dort au fond d’un lac ! ça, c’est bien une histoires pour enfants, pour faire dormir les petits orcs pas sages !... Soit, patauge encore un peu, si ça te détend, frangin. Mais d’ici 10 minutes, la récréation est terminée, je te préviens. »

Décidé à prouver à Galioneth la véracité de son histoire, Zorak plongea l’une de ses larges paumes dans le flot de la rivière.

« Au pire, pendant que tu y es, tu peux pêcher quelques truites ? La route va être longue jusqu’à là-bas, on aura besoin d’un casse-dalle… »

Soudain, au milieu du limon et des bestioles grouillantes dans la boue mouvante, l’étau  du paladin se resserra contre un morceau de métal. Nul doute, il s’agissait d’une forme cylindrique, pareille à la garde d’une épée, il en était sûr ! Seulement, après plusieurs essais infructueux, le flux sanguin commençait à se figer sur ses joues sous le joug de l’effort. Il devait admettre que sa force à bout de bras serait insuffisante pour libérer l’objet de sa lourde gangue de sédiments. Il se décida donc à plonger dans l’onde tortueuse. Ses ongles parvinrent à défaire une grande partie des débris, révélant un peu plus un éclat d’argent grisâtre.

Dans un rugissement, après un ultime effort, Zorak arracha enfin l’objet convoité qui lui avait autant résisté. Enfin, il arracha surtout un bras. Le bras d’un cadavre, tenant encore dans sa main flétrie un rouleau, que le demi-orc avait confondu avec un pommeau de quelque précieuse lame. Encore sous l’effet de ce flot de rage provoqué par cette lutte inhabituelle, Zorak fixait sa trouvaille, incrédule. Pendant ce temps, Galioneth, que le tapage de son ami avait quelque peu inquiété, inspectait avec minutie le sceau gravé. Ce dernier était encore bien visible en dépit des années passées dans les oubliettes, et l’elfe noir pouvait dès lors en déduire facilement le contenu de la missive de l’époque.

« Si tu veux mon avis le plus honnête, Zorak. Ton père, ce n’est pas une épée magique qu’il cherchait… mais un coin discret pour planquer un cadavre humain, sans éveiller les soupçons de son jeune et encore innocent garçon.» 

Le souffle encore entrecoupé, le demi-orc mit plusieurs minutes à saisir le discours diligent de son ami. Il finit par jeter un coup d’œil à ce bout de chair putride qu’il saluait de façon si peu conventionnelle. La paume fit quelques ricochées sur l’onde avant de disparaître définitivement. En une série d’enjambées molles, Zorak finit de rejoindre la rive pour s’asseoir, posant son menton entre ses poings. Sans un mot, Galioneth vint se poser à ses côtés, lui administrant simplement une légère frappe sur son dos encore ruisselant de vase.   

*

C'est tout pour cette fois ! 
Hâte de vous faire découvrir des extraits de bonne bagarre "à l'ancienne". En attendant, un rapide sketch pour accompagner ce passage. Et l'une de mes musiques d'inspiration du moment. 
(Eluveitie est l'un de mes groupes préférés... du métal celtique bien imprégné d'histoire, une référence à ne pas manquer !!).

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